Le Burkina Faso à l’honneur.

Je vous parlais il y a quelques semaines de La petite Maison et de la rencontre émouvante que j’y avais fait avec le groupe burkinabé au lendemain des attaques perpétrées contre la capitale Ouagadougou. Pour vous rafraîchir la mémoire et mettre un peu de soleil dans votre journée, replongeons ensemble dans l’univers du Zamaa Nooma band avec cet extrait de leur concert new-yorkais :

C’est avec grand plaisir que j’ai donc retrouvé Boubacar, le fondateur du groupe, dans l’arrière cours de la résidence familiale « Couleur d’orange » à Montreuil pour discuter de la sortie de ce deuxième album studio.

Sans plus attendre, je vous invite à en apprendre un peu plus sur Boubacar Kafando et son groupe dans une interview exclusive accordée à la LMB.

L’interview LMB – Boubacar Kafando

LMB : Boubacar, peux-tu nous expliquer ton parcours musical?

Boubacar : Je ne viens pas d’une famille de musiciens. J’ai découvert la musique à l’age 10 ans. Avec des amis au Burkina Faso nous avons commencé à jouer des percussions, puis nous avons rencontré un griot (musiciens et communicateurs dans les sociétés traditionnelles d’Afrique de l’Ouest) qui nous a transmis son savoir et poussé à fonder un groupe. Nous avons fait pas mal de voyages en Europe mais le groupe à fini par se dissoudre et chacun à repris sa route. Moi j’ai continué à développer ma passion. J’ai commencé à apprendre tout seul la kora et le N’goni en fabricant mes tous premiers instruments grâce à l’amour que j’avais pour la musique.

A quel moment as-tu décidé de faire de la musique ta profession ?

A aucun moment je ne me suis dit que j’allais faire de la musique ma profession. J’ai toujours fait de la musique par passion. Quand je fais de la musique je me sens utile, je m’investis à fond, ça me donne de la concentration. Aujourd’hui je me retrouve sur la scène musicale professionnelle mais c’est vraiment ma passion qui m’a amené jusqu’ici, c’était naturel.

En tant que musicien que souhaites-tu apporter au monde de la musique? Quels sont les messages que tu portes dans tes chansons ?

Le titre de ce deuxième album est «Faut pas se diviser ». Le but, c’est vraiment de rappeler que l’union fait la force. Avec tout ce qui se passe actuellement sur cette planète, je me dis que l’être humain est le médicament de son prochain. Il y a des conflits partout, l’être humain est à l’origine de cette terreur mais il aussi capable de semer le bonheur, à travers l’unité et l’amour. Mes textes sont également engagés politiquement. Je ne prône pas la violence mais je dis ce que j’ai sur le cœur.

Justement, en tant que Burkinabé, qu’as-tu pensé des événements qui se sont produits ces dernières années au Burkina ?

Je trouve que tout ce qui se passe au Burkina et en Afrique de manière générale est basé sur de faux conflits. C’est le fruit de politiciens qui essaient de nous embrouiller juste pour leurs intérêts.. Je pense également à ce qui s’est passé au Burundi… Nous avons donné un concert la bas et même pas une semaine après notre départ le pays explosait! C’est vraiment dur ce que nous font vivre les politiciens africains et je pense que grâce à la presse, la musique, la peinture, il y aura du changement tôt ou tard!

Donc pour toi la musique est un moyen de faire changer les mentalités ?

Oui je pense que la musique et l’art en général ont une part à jouer, notamment dans l’éducation des enfants, pour leur apprendre l’histoire du passé et qu’ils comprennent le monde dans lequel ils grandissent et la direction dans laquelle il évolue. Je pense que l’art permet de rétablir la vérité et de montrer ce que l’on tente de nous cacher.

Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur le Zamaa Nooma band ?

A la base, Zamaa Nooma est une association que j’ai créé en 2007 en France pour promouvoir la culture Burkinabè. Grâce à cette association, nous avons pu appuyer divers projets au Burkina Faso tels que la création du centre culturel Zounoogo (« Tête de bonheur » en langue mooré), qui accueil des artistes qui apprennent aux enfants à fabriquer et jouer des instruments. Le groupe s’est fondé sur cette base en 2013. Les musiciens sont originaires d’un peu partout en Afrique et en Europe. La formation actuelle est composée d’Alain Nyamé à la basse qui vient du Cameroun. Mamadou Touré, le batteur est franco-malien. Waly Loumé aux congas latino est métis franco sénégalais. Enfin, Joel Kaboré à la calebasse, au djembé et au tama et Seydou Barro le guitariste solo, sont tout comme moi originaires du Burkina Faso.

Le 15 mai prochain sortira votre second album « Faut pas se diviser ». En quoi ce nouveau projet diffère-t-il du précédent ?

Le premier album était un album de musique traditionnelle. Il n’y avait pas un seul instrument moderne. Dans ce second album nous proposons une fusion world music, afrobeat, pop rock, avec une touche de blues qui n’est jamais loin dans la musique africaine…

Qu’est ce qui vous a encouragé à prendre ce tournant world music sur ce nouvel opus?

A vrai dire le groupe se compose de personnes issues de tellement de cultures différentes que ça s’est fait naturellement. En ouvrant la porte à quelqu’un d’une autre culture, tu dois être prêt à accepter ce qu’il a à t’apporter. Au début j’avoue que j’étais sceptique, puis nous avons commencé à enregistrer et je me suis rendu compte que cette diversité donnait une nouvelle couleur à notre musique, chacun apportant sa touche unique. Je me suis retrouvé avec des rythmes que je connaissais mais joués différemment, et j’ai trouvé que ce mélange de sonorités apportait une grande richesse à la musique.

Outre la musique nous avons vu que tu t’engages dans différents projets. Peux tu nous en dire un peu plus sur ton association et ses actions ?

Zamaa Nooma est une association qui travaille pour sauvegarder la culture et promouvoir l’art Burkinabé. Nous travaillons avec des artisans pour fabriquer des instruments et des articles locaux. Nous fabriquons des percussions, des marionnettes, des produits textiles, des colliers…à la fois au cours d’ateliers ici en Europe et dans le centre culturel Zounoogo directement au Burkina.

La bas nous accueillons également des enfants à qui nous apprenons à fabriquer et jouer des instruments traditionnels, à manipuler les marionnettes et surtout à lire et à écrire au sein de classes d’alphabétisation.

Nous avons également organisé des parrainages entre les enfants du village et des classes ici qui s’envoient des courriers toujours dans cette optique d’échange et de promotion de la culture. Nous cherchons d’ailleurs en permanence des établissements susceptibles d’être intéressés par ce genre de projets. Je travaille également avec des jeunes dans des centres sociaux en France pour initier à la musique et à la découverte de l’Afrique et construire des projets d’échange autour de ces thématiques.

Enfin nous organisons sur place un festival de musique du monde, Le zounoogo, qui à déjà connu deux éditions.

Retrouvez le festival en images avec le documentaire tourné en 2012 dans le village de Saponé, au sud de Ouagadoudou.

Avez-vous des projets en cours ?

Actuellement j’encadre un groupe d’adolescents de 12 à 16 ans du centre social « La Clairière » dans le 12ième arrondissement de paris, pour construire une bibliothèque dans le village de Saponé. Nous organisons des événements, des marchés culinaires, des concerts pour lever des fonds dans ce but.

Pour retrouvez Boubacar Kafando et le Zaama Nooma band sur scène, rendez-vous donc le 15 mai prochain pour un concert exceptionnel de sortie du second album « Faut pas se diviser » à l’alimentation générale.

Toujours hésitants? Un petit aperçu de ce qui vous attend …

Pour tout savoir sur l’artiste et son groupe, rejoignez le Zaama Nooma band sur facebook et souncloud ou contactez directement le groupe à l’adresse mail suivante : zaama.nooma@yahoo.fr.

A noter également :

Toutes les infos sur l’habitat participatif couleur d’orange, qui accueille chaque année, entre autres, la journée culturelle de l’association Zaama Nooma. L’édition 2016 se tiendra en août. Vous pourrez participer à divers ateliers, de contes africains, de théâtre de marionnettes ou encore d’initiation à la musique traditionnelle. Vous aurez également le loisir de découvrir les spécialités culinaires du Burkina Faso et d’assister à un concert de world music.

Et vos prochains rendez-vous avec le Zaama Nooma band :

  • le 21 mai, fête de Montreuil, quartier l’anoue, 93100
  • le 28 mai au belleville cosmopolite, Paris 20ieme
  • le 4 juin pour le festival de Lagny sur marne
  • le 5 juin fête de l’anoue à Bagnolet
  • le 12 juin lors du festival d’ici et ailleurs d’Alençon
  • le 24 juin pour la fête de la musique de Bagnolet
  • du 3 aout au 15 aout pour une tournée à Londres, notamment à l’occasion du kaya festival.

Stay tuned pour toujours plus de découvertes!

A bientôt dans la LMB.

Lirose.